Les titres de SEMI PERMANENT 2018

7 novembre 2018

Un coup d'œil dans les coulisses d’une collaboration internationale.

Texte original de Meleah Maynard.

Depuis 16 ans déjà, Semi Permanent sait comment rassembler chaque année des artistes du monde entier pendant 3 jours à l’occasion de leur conférence pour leur permettre d’échanger des idées et de partager des expériences. La série de titres unique donne chaque année à l’évènement le coup d’envoi qu’il mérite. Le thème de cette année: « la tension artistique comme inspiration ».

L’édition de 2018 était menée par Joy N. Ho, la première femme réalisatrice de la conférence. Née à Hong Kong, elle réside aujourd’hui à New York. Une collaboration internationale ne lui fait donc pas peur. Au contraire: Joy N. Ho a rassemblé une équipe de 11 concepteurs du monde entier, comme Nidia Dias. Cette dernière a marqué de son empreinte l’acte III, pour lequel elle a utilisé Cinema 4D de MAXON, Redshift, After Effects et X-Particles.

Originaire de Minneapolis (Minnesota), la rédactrice Meleah Maynard a réuni les deux conceptrices pour les interroger sur la signification profonde de leurs titres - en collaboration avec Dropbox. Il s’avère ainsi qu’une source d’inspiration importante pour l’édition 2018 a été le professeur et biologiste allemand Ernst Haeckel, célèbre pour la dénomination de milliers de nouvelles espèces animales et la promotion de la théorie de l’évolution de Darwin.

Joyce, comment vous êtes-vous retrouvée à la place du réalisateur pour les titres de 2018 ?

J.N.H.: En fait, j’ai fait moi-même le premier pas et me suis adressée au fondateur de Semi Permanent, Murray Bell. Depuis que j’ai déménagé d’Australie, où j’ai grandi, et que je me suis installée à New York, mon objectif personnel a été de réaliser au moins un projet par an. C’est ainsi que je me suis également occupée, l’année passée, des titres de Likeminds.

Semi Permanent a toujours fait partie de ma vie en tant que conceptrice. Chaque année, ils lancent une série de titres fantastiques, chacun d’entre eux réalisés par mes idoles. Je mourais d’envie de pouvoir une fois réaliser les titres moi-même. L’année passée, j’ai donc envoyé un e-mail à Murray pour me présenter ainsi que mon travail et lui demander si je pouvais m’occuper des titres de 2017. À vrai dire, je ne m’attendais pas à avoir de ses nouvelles mais quelques semaines plus tard, il m’a répondu. Il m’a expliqué que l’édition 2017 serait réalisée par Framestone mais que je pouvais m’occuper de la version 2018. J’étais sur un petit nuage.

Comment en êtes-vous arrivée à travailler dans ce domaine ? Pourquoi êtes-vous devenue une graphiste de motion design?

J.N.H.: J’ai toujours aimé regarder la télévision. Les dessins animés ont vraiment été mon premier contact avec l’animation. Par la suite, j’ai dessiné et créé toutes sortes de choses. Après le lycée, je me suis inscrite à la Queensland University of Technology, où j’ai étudié l’animation. Dès que j’ai découvert le motion design, je savais que j’avais trouvé ma vocation. C’est ça que je voulais faire.

Était-ce aussi le cas pour vous, Nidia ? Quand avez-vous su que vous souhaitez concevoir du motion design?

N.D.: Je suis conceptrice et directrice artistique. J’ai grandi au Portugal mais j’habite et travaille actuellement à Toronto. J’ai toujours aimé dessiner mais au départ, j’avais quand même opté pour une formation d’ingénieur. Après un an, je me suis rendue compte que ce n’était pas du tout ce que je souhaitais faire par la suite. Je suis donc passée au graphisme. C’est au cours de ma formation que j’ai découvert le motion design. J’ai suivi ma passion et déménagé en 2017 pour un emploi chez Tendril, au Canada.

Joyce, avez-vous reçu des directives de Murray Bell en ce qui concerne les titres de 2018 ?

J.N.H.: Le thème des titres était déjà fixé: cela devait porter sur la tension artistique comme inspiration. Murray m’a bien sûr expliqué ce que cela signifiait pour lui précisément et grâce à cette explication, j’ai pu me mettre à travailler. Lorsque je réalise l’idée d’une personne, j’essaye toujours de laisser de la place pour d’autres interprétations. Tout le monde n’a pas la même vision d’un concept spécifique. Nous avions seulement trois mois pour mettre au point les titres. Par conséquent, il aurait été difficile de concevoir un concept clair qui reste en même temps ouvert aux interprétations. De plus, Murray voulait que les titres de 2018 aient « un petit truc en plus ». Semi Permanent collaborait étroitement avec Dropbox. Ils m’ont donc demandé de mettre en place une collaboration plus large entre les artistes et la 3D, la conception, les animations et la musique comme spécialisation. En tant que réalisatrice, je dirigerais le processus à distance dans la bonne direction, avec l’aide de Dropbox. Je pouvais choisir les personnes que je souhaitais voir dans mon équipe, ce qui est vraiment exceptionnel. C’était une chance unique pour moi de travailler avec quelques unes de mes idoles.

Pour la titre, je savais que je voulais prendre comme point de départ la nature et la science. Elles ont été de vraies sources d’inspiration pour moi. Lorsque je m’occupais de mon travail de recherche à la bibliothèque publique de New York, j’ai eu entre les mains l’ouvrage ‘Artforms in Nature’ d’Ernst Haeckel. Le livre était rempli d’illustrations incroyables de micro-organismes, d’algues et d’animaux de mer. Je me suis sentie tout de suite inspirée. Ce livre serait ma référence la plus importante.

Lors de la réalisation, j’ai choisi trois actes: la Poussée et le Tir, la Friction et le Lâcher-prise. J’ai pensé à la manière dont je représenterais ces phénomènes visuellement et ai conçu ensuite une série de style frames pour chaque acte. Je les ai accompagnés d’une musique de base et transmis à mes contacts autour du monde avec qui je souhaitais collaborer. Par chance, 90 pour cent de ces contacts ont approuvé mon idée. Ils ont directement saisi le message de mon concept. Je trouvais également très important qu’ils apportent leur style personnel au projet. Tant qu’ils suivaient la palette de couleurs et respectaient le noyau de la prise à réaliser, ils étaient libres de suivre leur créativité et leur art.

Pouvez-vous nous décrire ce qui se produit précisément dans la séquence de titres ?

J.N.H.: Il s’agit d’un monde microscopique inspiré par Ernst Haeckel. Vous suivez les organismes de leur naissance à leur mort. De cette façon, les trois actes représentent la tension de la création. Le début tourne autour de la naissance de concepts créatifs. Nous filmons en 4K: nous pouvons donc zoomer et suivre l’atmosphère définie par une sphère en polystyrène expansé. Par la suite, j’ai intégré une sphère digitale.

L’acte deux représente quelques aspects d’un projet qui peuvent créer un conflit, comme les délais et les budgets. À ce moment-ci, il y a de la friction qui se traduit dans le processus de la division cellulaire. Le projet lui-même peut également créer un conflit. Lors de l’exécution et du développement des choses, tout ne se déroule pas toujours comme prévu du premier coup. C’est pour moi la friction du processus créatif. Et oui, j’ai expérimenté cette friction lors de la conception des titres. J’ai connu tous les stades !

Nidia a conçu la première partie de l’acte trois, qui montre le micro-organisme, autrement dit l’idée, dans sa forme la plus complexe. À cette étape, j’ai souhaité que l’organisme possède des tentacules, ce qui ne s’avéra pas si simple à réaliser. Nidia a dû sans aucun doute réaliser l’une des prises 3D les plus compliquées.

Nidia, qu’avez-vous pensé précisément de la réalisation du « Lâcher-prise » de l’acte trois ?

N.D.: Joyce savait dès le départ ce qu’elle voulait obtenir, ce qui m’a facilité la tâche. La musique était également totalement mise au point. J’ai pu ainsi travailler facilement sur le rythme. Je devais construire quelque chose qui ressemblait à un organisme vivant. Joyce m’a donné toute une série d’informations à propos d’Ernst Haeckel. J’ai intégré pas mal de choses que j’ai trouvées dans un organisme 3D fictif que je souhaitais faire ressembler à une méduse.

J’ai commencé par quelques tests pour obtenir un mouvement correct de l’organisme avant de commencer la modélisation. J’ai utilisé le Déformateur biseau et quelques autres Déformateurs pour que l’organisme semble vivant mais cela était un vrai défi.

J.N.H.: De côté, les tentacules avaient l’air super mais si l’on plaçait la caméra d’en haut, on n’obtenait pas la profondeur que l’on souhaitait. C’est pourquoi j’ai animé les tentacules en 2D à l’aide d’un Rigged Newton Joint (un 2D Physics Simulator) et Nidia les a ensuite intégrées à nouveau dans la prise 3D de Cinema 4D.

N.D.: J’ai également collaboré avec Joyce sur la prise du tunnel, où l’on a l’impression que tout se perd dans un vortex. Pour cela, j’ai utilisé les X-Particles pour créer quelques variations du tunnel, d’où semblaient dépasser quelques petits cercles de ma prise précédente. J’ai placé mon fichier C4D sur plusieurs calques dans AfterEffects. Cela a permis à Joyce de rendre le tunnel pittoresque. La collaboration s’est vraiment super bien passée sur ce projet. La direction artistique de Joyce était excellente. J’ai trouvé la palette de couleurs géniale et j’ai également apprécié le fait que tout le monde pouvait intégrer son propre style au projet.

Comment voyez-vous votre carrière évoluer à partir de maintenant ?

J.N.H.: Pour le moment, je travaille comme indépendante et j’ai donc des missions très variées. Je suis spécialisée dans la direction artistique pour le motion art et j’espère un jour réaliser mes propres projets. La conception de titres est vraiment une passion pour moi. J’aime beaucoup assembler des éléments et les faire correspondre. Accomplir un projet de cette ampleur, avec une équipe internationale de concepteur que j’admire depuis longtemps, c’était vraiment génial. C’était une opportunité rare et c’est sans aucun doute un rêve devenu réalité.

Remerciements:
Réalisation et production: Joyce N. Ho
Conception de la musique et des sons: Ambrose Yu
Création et animation des caractères: Worship Audio
Conception et animation: William Arnold. Nidia Dias, Joyce N. Ho, Somei Sun, Joel Watkins
Cinématographie: Davy Evans
Édition: Alex Gee
Storyboard: Mercy Lomelin
Animation supplémentaire: Hayato Yamane
Avec un remerciement particulier à: Murray Bell, Patrick Clair, Jonathan Kim, Dropbox

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