Un successeur spirituel pour le court-métrage nominé aux Oscars de Job, Joris & Marieke

20 février 2019

Texte original de: Michael Maher de Greyscalegorilla
Entretien réalisé par: Meleah Maynard

Pour la création de la suite spirituelle de leur court-métrage nominé pour un Academy Award®, le trio d’animation néerlandais Job, Joris & Marieke a eu recours à Cinema 4D, Octane et After Effects.

Dans A Double Life, le dernier court-métrage de Job, Joris & Marieke, un couple se retrouve confronté à une situation de vie ou de mort après que la femme décide de devenir un homme. Bien qu’il aurait été possible de consacrer des heures à cette histoire complexe, Job Roggeveen, Joris Oprins et Marieke Blaauw ont réussi à résumer ce morceau de vie en deux minutes et quarante-trois secondes tout en laissant une fin ouverte aux interprétations.

Tout comme leur court-métrage nominé aux Oscars, A Single Life, dans lequel une jeune femme trouve sur le pas de sa porte un mystérieux disque qui lui permet de voyager dans le temps, A Double Life est également une histoire provocatrice teintée d’humour noir. Ce film ne repose pas non plus sur des dialogues mais bien sur des sons d’ambiance conçus par Job et des effets visuels créés dans Cinema 4D, After Effects et Octane.

Dans cette interview, Marieke, Job et Joris, qui se sont rencontrés au cours de leurs études de Product Design à la Design Academy Eindhoven (Pays-Bas), nous parlent volontiers de leur nouveau projet, ainsi que de leur amour de l’humour noir et des histoires très courtes.

Marieke Blaauw (à gauche), Joris Oprins (au milieu) et Job Roggeveen (à droite) ont intégré à leur film un bref cameo en intégrant leurs silhouettes virtuelles.

Meleah Maynard: Quelle était votre motivation pendant la réalisation du court-métrage A Double Life ?

Marieke Blaauw: Au cours de la création de ce film, nous nous sommes concentrés sur deux thèmes très intéressants à nos yeux. Il existe déjà toute une série de programmes télévisés aux Pays-Bas autour de la problématique du genre, avec des titres géniaux comme Love Me Gender ou Genderbender. Nous avons également commencé à travailler sur le film au moment d’une grande controverse sur les toilettes unisexes. Cette polémique a provoqué sans aucun doute une certaine confusion autour du genre et sur ce que l’on considère comme masculin ou féminin. Les incohérences des étiquettes « homme » et « femme » sont également de plus en plus mis en lumière.

De plus, nous avons fait énormément de recherches sur l’équilibre changeant entre les hommes et les femmes dans la réalité. Les hommes se sentiraient en fait menacés par ce changement et essaieraient de compenser ce phénomène en se laissant pousser la barbe ou en s’essayant au métier de bûcheron durant leur temps libre. Alors que de leur côté, les femmes se demandent si elles doivent commencer à porter un costume pour être acceptées dans le club des hommes. Cette confusion globale sur l’égalité des genres et la menace que peut représenter cette égalité pour certains hommes nous ont inspiré le concept de ce film.

Au début, le mari considère comme une blague le désir de sa femme de changer de sexe.

MM: Vous avez travaillé simultanément sur d’autres projets. Comment avez-vous réussi à jongler avec tout ça ?

Job Roggeveen: Au total, nous avons travaillé à trois pendant quatre mois sur le film, en alternance avec nos autres projets. En fait, nous travaillons tout le temps simultanément sur plusieurs projets. Au début d’un nouveau projet, nous définissons ensemble le concept de départ et nous écrivons une première version de l’histoire. Nous répartissons ensuite les tâches: Joris et Marieke s’occupent de l’animation et moi, de la direction artistique et la bande originale.

Pour ce projet spécifique, le plus gros défi auquel nous avons dû faire face a été l’adaptation d’une histoire très complexe à une durée de seulement deux minutes. Nous devions sans arrêt abandonner des scènes du film pour ne conserver que l’essentiel de l’histoire. C’était très chouette à réaliser et finalement, nous avons obtenu un film qui nous plaît et traite vraiment du sujet abordé.

Un deuxième défi a été de créer une distinction claire des deux personnages dans la deuxième moitié de l’histoire. Dans cette deuxième moitié, ils deviennent identiques, ce qui peut être perturbant pour le téléspectateur. C’est pourquoi nous avons décidé de donner aux personnages des couleurs de costume différentes. Leur attitude individuelle restait la meilleure manière d’indiquer de quel personnage il s’agissait. Nous avons donc fait extrêmement attention que les différentes actions et réactions de chaque personnage puissent clairement lui être attribuées.

Pour la conception des personnages et de leurs accessoires, Job, Joris et Marieke ont conçu une planche de tendances. De cette façon, ils ont pu expérimenter les éléments qui peuvent être vus comme masculins et ceux vus comme féminins.

MM: Pouvez-vous nous décrire brièvement votre façon de travailler et le logiciel que vous avez utilisé?

Marieke Blaauw: Nous avons utilisé principalement Cinema 4D pour la conception, la modélisation et l’animation. Pour les lumières et le rendu, nous avons eu recours au plug-in Octane. Nous disposons d’une petite ferme de rendu, composée de deux ordinateurs équipés de deux cartes graphiques GeForce 980 Ti. Cela nous permet de réduire considérablement notre temps de rendu.

Nous avons finalisé l’édition, la composition et les niveaux de couleurs dans AfterEffects. La plupart du temps, nous n’avons pas beaucoup de choses à éditer car nous utilisons toujours le même timing pour toutes les animatiques dans After Effects. Nous pouvons ainsi remplacer facilement chaque section de l’animatique lors de la réalisation de la scène animée.

Après une première présentation de leur idée à l’aide d’un storyboard (en haut à gauche), Jos, Job et Marieke ont réalisé un premier projet durant lequel ils ont évolué vers l’aspect final.

Pour éliminer le léger grain présent dans le rendu, nous avons utilisé un plug-in d’After Effects appelé Neat Video. Nous avons réglé l’étalonnage des couleurs avec Lumetri. Parfois, nous avons ajouté un léger effet de diffusion et de flare avec Magic Bullet Looks comme touche finale.

our la conception des sons et de la musique, Job a utilisé Cubase. En général, il travaille sur la musique en même temps que sur le processus d’animation. De cette manière, l’histoire et le timing sont influencés fortement et dès le départ par les choix musicaux.

Marieke et Joris réalisent la plus grande partie de leur modélisation et de leur animation dans Cinema 4D. Pour leurs rendus, ils ont recours à Octane.

MM: Vos personnages sont toujours uniques. Comment dessinez-vous leur visage?

Joris Oprins: Nous concevons nos personnages toujours de la même manière. Nous créons d’abord une version de base de leur visage. Nous optimalisons ensuite les différents traits du visage en testant tous les formats et toutes les positions.

En général, nos personnages n'ont pas de nez, pour la simple raison que nous trouvons qu’ils sont plus chouettes et qu’ils ont plus de style sans nez. Cependant, pour ce film, nous avions besoin d’un plus grand éventail d’expressions faciales pour nos personnages. C’est pourquoi, nous avons consulté Paul Ekman, qui explique dans l’un de ses livres comment chaque partie du visage contribue à la bonne expression de chaque émotion.

Inspiré par les images du psychologue Paul Ekman, les concepteurs ont créé une « bible des visages ».

Par exemple, le dégoût constituait une émotion très importante de notre histoire. Le nez est très important pour exprimer ce sentiment parce qu’en général, une personne dégoûtée le tire vers le haut. C’est pourquoi les personnages du court-métrage A Double Life ont quand même un nez.

MM: À la fin du film, on ne voit pas qui survit et qui meurt. Pourquoi ce choix ?

Joris Oprins: Notre but principal reste toujours de divertir le public avec notre humour noir absurde. De plus, nous aimons la façon dont les fins ouverte peuvent susciter une discussion. Il est simplement impossible de savoir qui a gagné finalement. Les deux personnages méritent de vivre et de mourir. Il n’y a pas de bonne réponse. Chaque personne aura sa propre idée sur le personnage qui aura survécu. C’est au téléspectateur de décider, en fait.

« Seul un homme, un vrai peut porter un costume rose et un chignon et faire que cela lui aille comme un gant », pense le trio d’animation. 

Votre avis sur le personnage qui a gagné en dit beaucoup sur vous et votre opinion sur le débat autour de l’égalité des genres. C’est ce qui rend cette fin si fascinante. Nous espérons qu’elle donnera naissance à un nombre infini de conversations passionnantes.


Cela nous intéressait d’aller à l’encontre de nos propres idées sur le genre pendant la réalisation du film. Nous pensions être tous très émancipés mais, au cours de la réalisation d’une scène de repassage d’une chemise; Marieke a quand même dû nous expliquer comment faire ça correctement.

Étonnamment, Job et moi n’avons pas été d’une grande aide pour dessiner les scènes de rasage car nous n’avions aucune idée sur la façon d’utiliser un rasoir droit. C’est donc Marieke qui a fait des recherches sur YouTube pour savoir précisément comment procéder.

Le mari rit de lui-même lorsque qu’il essaye de s’imaginer le désir de sa compagne d’être un homme en enfilant lui-même une robe.

MM: Qu’est-ce qui vous séduit dans la réalisation de court-métrages très courts?

Marieke Blaauw: Nous aimons le défi de raconter une histoire de la manière la plus concise possible. Cela nous pousse à accorder énormément d’importance à chaque détail, à chaque plan. Ce tempo de la narration s’adapte très bien à notre concept et fait de l’histoire une vraie montagne russe.


Aussi bien A Single Life qu’A Double Life participent au projet Ultrakort, une initiative du Nederlands Filmfonds, de Fonds 21 et de Pathé Cinemas. Ces courts-métrages peuvent durer deux minutes maximum et leur diffusion après leur sortie est planifiée avant de vrais blockbusters. A Double Life a été diffusé dans les salles de cinéma avant Millénium : Ce qui ne me tue pas.

Il s’avère que le mari aussi mène une double vie mais pas de la même manière.

MM: Est-ce que vous réjouissez à l’idée que la visionnage de votre film pourrait mettre votre public mal à l’aise ?

Joris Oprins: En effet, imaginer et d’animer des scènes qui mettront le spectateur mal à l’aise nous plaît énormément. L’anticipation de cette réaction rend la chose encore plus plaisante. Lorsque nous dévoilons notre court-métrage à un public, nous accordons énormément d’importance à leurs réactions. Les plus chouettes moments, c’est quand on voit les spectateurs froncer leurs sourcils et faire une moue en se demandant un peu scandalisés s’ils peuvent rire ou pas. Ce sont ces moments qui incitent les gens à réfléchir plus loin sur le sujet.

A Double Life est un peu plus sombre que le reste de nos films. Selon nous, il se prête bien au concept. Nous voulions essayer quelque chose de nouveau cette fois, ce qui explique la présence de la scène de sexe. C’est vraiment quelque chose de nouveau dans notre portfolio. Le film a d’ailleurs été classé comme interdit aux moins de 12 ans. Ça aussi, c’était une première pour nous.

 

Remerciements

 

Écrit, réalisé et animé par: Studio Job, Joris & Marieke
Produit par: Studio Job, Joris & Marieke
Conception de la musique et des sons: Studio Job, Joris & Marieke
Mixage et mastering: Martijn Groeneveld, Mailmen Studios
Mixage 5.1 et stéréo: Jeroen Nadorp, Bob Kommer Studios
Financement: Nederlands Filmfonds, Fonds 21
Avec le soutien de: Pathé Cinemas

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